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Josef Winterhalder l'Ancien
(Vöhrenbach, 1702 - Vienne, 1769)

Saint Joachim
1740-1744

Dessin à la plume
Brno, Galerie de Moravie

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Au début des années 1740, peu après son voyage à Dresde où il avait étudié l'œuvre du sculpteur Balthazar Permoser (1651-1732), Joséf Winterhalder l'Ancien reçut une commande importante de Leopold comte de Keufstein, propriétaire du domaine Nàmés nad Oslavou et admirateur de ses travaux. Dans les années 1740-1744, il exécuta, entre autres, le vaste ensemble de vingt statues, plus grandes que nature, représentant les saints, saintes et anges placés sur le pont franchissant la rivière Oslava construit en 1737. Winterhalder invita le sculpteur Alexander Jelinek à participer à cette vaste et difficile commande.

Membre d'une grande famille de sculpteurs travaillant surtout en Bohême de l'Est, celui-ci réalisa une partie de la décoration sculpturale probablement d'après les modèles de Winterhalder qui sont perdus de nos jours. Il s'agissait sans doute d'une commande prestigieuse, car elle est explicitement mentionnée dans les biographies du sculpteur écrites vers la fin du XVIIIe siècle par Andreas Schweigl (1735-1812), sculpteur de Brno et Jan Petr Cerroni, hisoriographe qui s'appuie sur le témoignage du neveu de Winterhalder l'Ancien, Josef Winterhalder le Jeune (1743-1807). Cerroni situe la naissance de la galerie des statues en 1743.

La Galerie de Moravie abrite dans sa collection trois dessins liés à cette commande. Ils représentent saint Joachim, saint André et l'archange saint Michel. Il s'agit d'exemples du dessin baroque réalisé par un sculpteur qui laisse s'imposer son sens de la peinture. Ils témoignent du rôle essentiel du peintre Paul Troger, son ami et tuteur, dans la formation du style de dessin de Winterhalder. Les personnages allongés, dont la silhouette est cambrée en forme de S, avec une petite tête, sont esquissés à l'aide d'une ligne de contour légère. Le sculpteur-peintre place au centre de son intérêt le modelage des volumes du corps et le rendu fidèle des draperies. Pour cela, il use du système des hachures parallèles ou croisées qui changent de densité et d'intensité. Ces moyens graphiques utilisés avec virtuosité permettent au sculpteur de bien traduire la mollesse de la draperie qui retombe librement jusqu'à terre. La comparaison avec les dessins de Paul Troger permet cependant de constater que "le sillonnement de hachures de Wintherhalder reste plus méticuleux, réfléchi, peu décontracté, donc plus strict dans la répartition intérieure de la forme".
Le rôle de ces dessins reste inconnu. Il s'agirait probablement plutôt de prises de notes picturales (ricorda) des sculptures déjà terminées qui seraient utilisées plus tard pour d'autres travaux réalisés dans l'atelier, que d'ébauches ou dessins préparatoires pour le contrat.