Cette oeuvre séduisante est malheureusement dans un état de conservation peu satisfaisant : le feuillet très rigide est collé en plein, opération qui a eu pour but de réduire imparfaitement une déchirure verticale bien visible. Quelques taches, certaines recouvertes à une époque ancienne par de la gouache, sont présentes notamment dans la partie gauche. L'état du papier, fragilisé par la déchirure, a rendu difficile et limitée une tentative de réintégration des zones sombres. Mais si l'on fait abstraction de ces éléments, l'uvre demeure attachante et intéressante.
Pour Berenson, l'uvre est "ghirlandaresque" et l'attribution à Botticelli a été proposée par C.L. Ragghianti en 1938. Plus tard, en 1954, ce même historien voyait dans notre tête une étude poussée pour la tête de l'ange placé immédiatement à la gauche de la Vierge dans le Tondo Raczynski (Berlin Dahlem) daté vers 1481-1483 par R. Lightbown dans la monographie de l'artiste (1978) qui ignore d'ailleurs le dessin de Rennes .
Ragghianti et Dalli Regoli ont publié dans un livre érudit (1975), les résultats d'une recherche menée sur le rôle du dessin à Florence dans les années 1470-1480 et en particulier la circulation des modèles entre quatre artistes proches : Pollaiolo, Léonard, Botticelli et Filipino Lippi. Cette étude met en évidence les proches relations des artistes d'un même atelier tout comme l'utilisation par un peintre d'un même modèle à plusieurs années d'intervalle. Pour ces auteurs, le dessin de Rennes est une uvre clé de la jeunesse de Botticelli au moment où l'artiste subit l'ascendant de Verrocchio. Des oeuvres proches de celles de Rennes sont conservées à Oxford (Christ Church), Rome (Gab. Naz. delle Stampe) et Dresde (Kupfertichkabinet).
P.R.