Artiste ferrarais
1460 - 1480

Feuille d'études : homme nu armé d'un poignard, saint Sébastien, Mercure (recto)
Etudes d'architectures (verso)
Plume et encre brune
41,5 x 27 cm

Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794

Les caractères stylistiques qui émanent de ces trois figures nues (deux parmi celles-ci - l'homme avec le poignard et le Mercure avec l'armure - sont nettement inspirés de l'antiquité), sur le recto de ce dessin intéressant et précieux, semblent confirmer l'attribution à Ferrare ou, du moins, à l'ambiance émilienne, exprimée dans l'annotation apposée par le collectionneur au bas de la feuille. Dans la typologie, autant que dans la structure formelle, ceux-ci renvoient, en effet, à l'univers figuratif de Cosme Tura comme à celui d'Ercole de Roberti, sans que l'on retrouve ici l'énergie et les effets plastiques des oeuvres de ces artistes.

Étant donné le petit nombre de dessins que l'on peut attribuer avec certitude à ces créateurs, l'appartenance de la feuille de Rennes au milieu ferrarais dans une période comprise entre les années soixante-dix et quatre-vingt du XVe siècle, peut être confirmée par la comparaison avec des tableaux, tels que par exemple, les deux médaillons de Tura : la Condamnation et l'Exécution de Saint Maurelius (Ferrare, Pinacothèque) et surtout avec les fresques du Palais Schifanoia. Le trait fin, presque incertain, qui délimite le contour des corps et la façon d'obtenir des ombres par des hachures régulières et parallèles, ou d'autres détails comme le casque, sur la tête de Mercure, et la représentation sommaire du sol sur lequel se tient Saint Sébastien, mettent en évidence, au contraire, un lien avec le style graphique de Marco Zoppo. Il faut cependant noter, à côté de la finesse qui caractérise les visages des deux figures, en haut, ou le drapé, autour des hanches de saint Sébastien, un usage plus simplifié et plus sec, sur le plan technique, ainsi qu'une certaine faiblesse, dans le profil de Mercure ou dans les bras du nu à gauche. Dans l'état actuel des connaissances il demeure très difficile de parvenir à l'identification de l'auteur qui, de toute façon, est à chercher dans le cercle des artistes qui gravitaient autour de Tura. En ce qui concerne le verso de la feuille, les études de corniches sont, elles aussi, inspirées de l'antiquité (dans le style des dessins du Codex Barberini de Giuliano da Sangallo) ; elles semblent exécutées par une main plus attentive aux valeurs du clair-obscur et aux effets décoratifs. Il ne faut donc pas exclure le fait qu'il puisse s'agir d'une réutilisation, peut-être postérieure, de la même feuille.

E.S.