Francesco Granacci
Villamagna, 1469 - Florence, 1543

Homme nu debout
Sanguine, rehauts de blanc
26,2 x 7 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794

Anciennement associé à Sodoma car monté dans la collection Robien avec l'étude pour un Saint Sébastien, ce curieux dessin n'a jamais été pris en considération par aucun critique.

On ne peut s'empêcher lorsqu'on l'observe d'éprouver un certain malaise dû à l'application à une date postérieure d'un fond teinté donnant l'impression que le dessin soit l'œuvre d'un artiste maniériste de la deuxième génération. Il s'agit toutefois d'un dessin florentin et la brillante proposition d'Anna Forlani Tempesti de l'attribuer à Francesco Granacci, semble plus que probable.

Effectivement, l'attitude du modèle, la position des bras, l'esquisse de la tête et le profil délimité du visage repris plus en avant évoquent la personnalité d'un artiste du début du XVIe siècle formé au XVe. Toutefois, comparé aux dessins connus de l'artiste, celui de Rennes semble par le modelé du corps plus mature. Cet aspect est dû au contact avec Bacchiacca et Pontormo à l'époque de leur collaboration pour la réalisation des panneaux du lit de Pier Francesco Borgherini exécutés à l'occasion de son mariage avec Margherita Acciaioli en 1515.

Le hallebardier nu de Rennes semble être une première idée pour le soldat à gauche du panneau de Joseph conduit en prison (Florence, Offices, en dépôt au Palais Davanzati), mais trouve des correspondances avec d'autres hallebardiers ou lanciers fréquents dans les oeuvres tardives de Granacci : Joseph présente à Pharaon son père et ses frères (Florence, Offices), Entrée de Charles VIII à Florence, (Florence, Offices) ou la prédelle du retable de Sainte Apolline (Florence, Galerie de l'Académie).

Il faut mettre en rapport avec le dessin de Rennes une Étude pour un personnage drapé, des Offices (n° 6352F), probablement préparatoire pour le saint de droite de la Madone à la ceinture du Ringling Museum de Sarasota. A celle-ci, il faut ajouter un autre dessin à la sanguine classé parmi les anonymes florentins et daté du premier quart du XVIe siècle (Denison et Mules, 1981) de la Pierpont Morgan Library de New York, n° 1975-11. Dans ce Christ en croix on retrouve les mêmes traits qui délimitent les contours, le même modelé du corps, laissant supposer une datation voisine. Il faut sans doute y voir une étude pour le Christ de la Trinité de Berlin (Gemäldegalerie) qui faisait également partie de la décoration du lit Borgherini.

Ph.C.