Artiste vénitien

Premier quart du XVIe siècle

Paysage avec deux guerriers
faisant une halte


Plume et encre brune
18,3 x 15 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794

L'attribution de ce dessin à Domenico Campagnola, selon les catalogues anciens du Musée, ne semble plus soutenable à la lumière de nos connaissances de la production de cet artiste, dans le domaine du dessin de paysage. La morphologie du paysage se réclame, en effet, de la production graphique du milieu de Giorgione et de Titien, dans lequel, se distinguent également les Campagnola (Giulio et Domenico). Toutefois, l'aspect graphique des différents éléments - les arbres, les buissons, les ondulations du sol - ne rejoint pas ici, cette précision et cette netteté, propres aux Campagnola, et encore moins les effets picturaux atmosphériques des paysages dessinés par Titien.

Ce qui rend particulièrement difficile la solution du problème de l'attribution de ce dessin - qui témoigne d'une bonne qualité d'exécution - réside surtout dans la contradiction existant entre l'archaïsme des deux soldats, vêtus d'une manière qui ne peut dépasser les premières années du XVIe siècle (voir, en particulier, la forme du casque avec le panache, mais aussi l'habit et le béret du page, vu de dos), et la composition du paysage qui lui, au contraire, semble plutôt s'inspirer d'exemples de Titien et Campagnola, pouvant être datés vers les années trente du siècle ; pour le premier voir, entre autres, le Paysage avec berger endormi et le troupeau (Louvre, inv. 5534) ou, pour l'idée des chevaux et du miroir d'eau, le Paysage avec cheval qui sort d'un lac de Chatsworth (inv. 751) ; pour le second, le Paysage avec le Baptême du Christ, de la Pierpont Morgan Library .

La divergence, entre ces deux éléments de l'œuvre, est aussi accentuée par la façon plus minutieuse et plus soignée de rendre les figures et le cheval, au premier plan, à laquelle s'oppose la graphie rapide et cursive du paysage bien que l'on puisse peut-être entrevoir, dans la forme du feuillage ouvert en éventail, le reflet du style de Giulio Campagnola, comme dans un dessin du Louvre (R.F.481) représentant un Paysage avec cavalier.

Ces précisions aident à circonscrire l'ambiance de notre dessin, mais elles ne permettent, en aucune façon, d'établir une proposition précise d'attribution.

E.S.