Paris Bordone
Trévise, 1500 - Venise, 1571

Nu masculin assis
Pierre noire et rehauts de blanc, repassé au fusain, sur papier bleu
34 x 25 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794

On doit la publication de ce dessin à Sylvie Béguin (1985), il était précédemment attribué à Dosso, en raison de l'inscription qu'il porte. La juste attribution au peintre de Trévise, Paris Bordone, est fondée sur la comparaison avec l'étude préparatoire (Florence, Offices, 1805 F, mais aussi de la même collection : le 1804 F) pour la Bethsabée de Hambourg de 1552, qui est une des rares feuilles de l'artiste sûres et pouvant être datée avec précision. Par la suite, W.R. Rearick (1987), dans sa reconstitution de l'œuvre graphique de Bordone, l'a mise en relation avec la figure de Marthe, du tableau de Hampton Court, Vénus, Cupidon et Marthe en lui donnant une date postérieure à la Bethsabée : vers les années soixante du XVIe siècle, avec la conviction que les compositions à sujets mythologiques appartiennent à ces années.

Le rapprochement proposé par Rearick est désormais remplacé comme l'a signalé Sylvie Béguin - par un autre, bien plus satisfaisant avec le tableau publié par U. Ruggeri (1987) représentant, selon une iconographie très rare, Saint Jean-Baptiste couronnant l'agneau d'une couronne d'épines (collection privée : huile sur toile, 80 x 60 cm) : la figure du saint assis sur une roche répète, en effet, avec peu de variante (la tête est tournée de trois-quarts et le corps est recouvert de la peau caractéristique), celle étudiée dans le dessin de Rennes où est justement prévu - dans une position apparemment étrange des doigts de la main droite - l'espace pour la couronne d'épines, que Jean-Baptiste va poser sur la tête de l'agneau.


Si la datation vers les années 1550, proposée par Ruggeri pour ce tableau est, comme il semble, acceptable (surtout à la lumière des nouvelles données chronologiques de l'œuvre de Bordone, établies par G. Mariani Canova, 1987, qui tendent à antidater la majeure partie des tableaux mythologiques), le dessin serait à situer avant l'étude pour l'Annonciation de Caen et avant celles déjà citées pour la Bethsabée. Ces études, bien que plus soutenues et plus puissantes dans la définition du modelé, constituent dans chaque cas, des termes de comparaison plus appropriés, en raison d'analogies évidentes dans le traitement pictural de la craie sur la surface des corps, inspirés (ou dérivés) des exemples de la même technique du Titien, comme cela est typique du style graphique de Bordone.

E.S.