Bernardino Gatti dit Il Sojaro
(?) vers 1495 - Crémone, 1576

Homme debout de dos et drapé
Plume et lavis brun, pierre noire,
rehauts de gouache blanche.
Silhouette repassée à la pointe partiellement. Agrandi sur toute
la largeur au centre par une bande
ainsi que dans la manche
et au niveau de la main
41,2 x 22,8 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Ce dessin a été restitué à Sojaro par Parker, qui le mit en relation avec l'Ascension, fresque réalisée en 1549 à San Sigismondo de Crémone, tandis que Mario Di Giampaolo, avec une plus grande précision, le rapprocha de l'un des Apôtres, fresque du tambour de la coupole de Santa Maria della Steccata à Parme.

Après avoir exécuté entre 1560 et 1570 la grande fresque de l'Assomption de la Vierge dans la coupole, et probablement le tambour, où il mit à profit la collaboration de Lattanzio Gambara, Bernardino Gatti décore les pendentifs et la frise, au-dessus de la grande corniche, en 1572. Mais, si pour l'entreprise principale, on connaît exclusivement les deux dessins préparatoires de Modène et de Rouen, et pour les pendentifs les dessins des Offices, pour le tambour, nous connaissons un ensemble légèrement plus ample.

En effet, en dehors de notre dessin, deux études pour d'autres Apôtres sont conservés au British Museum et aux Offices ; d'autre part, deux dessins de Gambara du British Museum et de l'École des Beaux-Arts de Paris ont été mis en relation avec l'épisode de Giaele e Sisara par Godi et Cirillo (1976) ; en outre, une autre étude de l'artiste de Brescia pour la Lutte de Jacob avec l'Ange (avec, au dos, une ébauche pour le Sacrifice d'lsaac qui était déjà à Milan en 1985, est passé récemment sur le marché d'art londonien (Sotheby's, 03/07/1989, lt. 60).

Pour revenir au dessin de Sojaro, il faut remarquer la ressemblance avec les trois études conservées, à Chatsworth, relatives à l'Ascension de l'église San Sigismondo (pour l'art graphique de Gatti à l'époque crémonaise) ou avec celui de l'Ashmolean Museum d'Oxford (rapproché au contraire de la décoration de Santa Maria della Steccata par De Grazzia, 1984). Mais, comme cela a déjà été souligné justement pour l'Apôtre de Rennes, il est possible que l'artiste ait réutilisé des projets anciens en y apportant des variantes. Dans cette circonstance, les différences entre la fresque de Crémone et la fresque de Pavie sont minimes et concernent exclusivement la position de la main droite et la partie supérieure du drapé, elles témoignent avec sûreté de la pertinence du dessin par rapport à la fresque de Santa Maria della Steccata.

C'est, de toute façon, une pratique courante pour Sojaro (comme du reste, pour Bernardino Campi) de réutiliser des dessins et des cartons plusieurs fois ; ou dans d'autres circonstances plus complexes, comme, par exemple, dans le cas du dessin de la Galleria Estense de Modène (inv. 1039) réalisé pour Santa Maria della Steccata, où "il effectue un collage de fragments de papiers sur lesquels il corrige probablement des idées précédent la recherche de la justesse de la pose et des gestes, de la forme du corps et du drapé".

II me semble enfin utile de rappeler que ce même apôtre a été copié par Vincenzo Campi dans un tableau, daté en 1577, sans doute une partie d'un ensemble plus important : l'Assomption, conservée dans l'église San Giovanni à Torno.

M.T.