Nicolo dell'Abate
Modène, 1509 -
Fontainebleau ou Paris, 1571
Allégorie de l'abondance
Plume, encre brune, lavis brun
29 x 25,9 cm
Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Les dessins de Nicolo dell'Abate datant de la période française de sa carrière, soit après 1552, présentent souvent comme celuici une écriture fine, avec un trait de plume léger, tremblé dans certains passages, réhaussée d'un lavis fluide : telles les figures de
Jeune seigneur assis
(Louvre, inv. 5900 ; Cambridge, Fitzwilliam Museum, inv. 2850), ou la suite des
Anges
pour la plaque émaillée de la Sainte Chapelle, réhaussés de gouache, (Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, inv. 2).
Le dessin de Rennes n'a certes pas la plénitude de l'étude pour
Flore
(Paris, Musée des Arts Décoratifs), oeuvre dessinée avec rigueur, mise aux carreaux avec précision, mais elle ne relève pas non plus du même degré d'achèvement et revêt une autre fonction, plus immédiate. La date de ces deux oeuvres n'est sans doute pas la même non plus. L'apparence bellifontaine de l'étude exposée est plus sensible encore si on la confronte avec la divinité de la peinture attribuée à Nicolo,
Le sanglier auteur de la mort d'Adonis amené devant Vénus
(collection particulière).
Elle n'est pas non plus éloignée de l'
Allégorie de la Renomée
, connue par trois versions voisines : deux, au recto et au verso d'une même feuille, considérées comme du "cercle de Nicolo dell'Abate" (Cleveland, Museum of Art, inv. 74.227) ; la troisième (Paris, collection particulière), dont l'originalité n'est pas certaine, mais certainement basée sur un tracé à la plume qui rappelle l'
Allégorie
de Rennes. Les deux
Allégories
appartenaient peut-être à un même décor. Plus inattendu est le rapport visuel qui s'établit spontanément avec l'
Allégorie de la Sagesse
peinte par Titien à Venise, vers 1560, au centre du prestigieux plafond maniériste de la Libreria Marciana.
La coïncidence, pour n'être sans doute qu'une question de
koinè
, n'en est pas moins frappante, et intéressante si l'on pense que des artistes comme Battista Franco, Andrea Schiavone et peut-être Francesco Salviati y apportèrent leur participation active, dans les années 1555/1560.
C.M.G.
Retour