Pomponio Amalteo
Motta di Livenza, 1505 -
San Vito al Tagliamento, 1588

Sacifice d'Abraham
Plume et encre grise, lavis gris,
rehauts de gouache blanche
15 x 11,3 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Cet intéressant dessin, donné un temps à Pordenone, a été publié pour la première fois par Cohen (1973) avec l'exacte attribution, au peintre du Frioul Pomponio Amalteo. Celui-ci effectua sa formation à l'école de Pordenone. En 1543, il épousa sa fille Grazia et, après l'installation définitive du maître à Venise, il fut appelé pour terminer de nombreux travaux laissés inachevés par son beau-père, dans sa région natale et les alentours.

Comme cela a été justement relevé par Cohen, l'œuvre en question est une étude préparatoire pour une fresque de même sujet, exécutée par l'artiste sur un des pendentifs de l'église Santa Maria dei Battuti à San Vito al Tagliamento, ville où Amalteo, encore jeune, s'installa et travailla jusqu'à sa mort (1588).

Comme on peut le lire sur l'inscription qui court tout au long du mur, dans le chœur, les travaux de décoration commencèrent en 1535 et s'achevèrent très rapidement, aussi l'artiste resta encore créditeur envers l'École dell'Ospedale dei Battuti, qui avait commandé ce chantier. En conséquence, ce dessin très proche de la réalisation finale de la fresque (les seules variantes présentant une certaines importance, concernent en effet, la figure de l'ange et la direction du poignard brandi par Abraham) peut être raisonnablement daté vers 1535 ; non seulement, parce que, au moment où le peintre s'apprêta à exécuter les fresques, la phase de projet graphique devait être probablement achevée, mais aussi parce que cette feuille est en rapport avec la décoration d'un des pendentifs de soutien de la coupole, qui fut un des premiers à être peint. Dans ce cas également, comme cela se rencontre dans les oeuvres d'Amalteo, l'origine de la composition peut être trouvée dans une scène de même sujet, peinte par Pordenone, sur une des nervures de la coupole de l'église Santa Maria in Campagna à Piacenza, en 1530-1532. Toutefois, comme le fait observer Italo Furlan (1975), "La position de l'enfant est inversée et un plus grand espace est donné à la figure de l'ange : la concentration dramatique de la fresque de Pordenone est atténuée par l'attitude incongrue d'un Abraham chancelant qui s'enroule dans des habits disproportionnés".

Malgré cela, notre dessin constitue un témoignage important de la production graphique d'Amalteo, qui, selon Lanzi (1809) non seulement "coloriait" bien, mais dessinait "encore plus exactement que le commun des Vénitiens". En outre, en se caractérisant par rapport aux autres exemples plus juvéniles (comme le Titus Manlius Torquatus du Louvre, n° 5427), par une très grande liberté dans le tracé des figures et par une "openness of touch" (Cohen, 1973) jamais rencontrée auparavant, cette oeuvre a permis d'intégrer dans le corpus d'Amalteo, des dessins avec des Groupes d'enfants, d'une collection privée anglaise, qui, réunis dans un même album avec beaucoup d'autres dessins du même Amalteo, étaient encore attribués à Pordenone, avant l'éclairante intervention de Cohen.

E.S.