Perino Buonaccorsi
dit
Perino del Vaga
Florence, 1501 - Rome, 1547
Projet pour une
embarcation d'apparat
Plume et encre brune, lavis brun,
rehauts de gouache blanche
25,9 x 43 cm
Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Suivant l'inscription au bas du dessin, il était classé au musée sous Polidoro da Caravaggio. En 1971, le Metropolitan Museum de New York fit l'acquisition d'un dessin semblable (n° 1971. 85), autre solution pour un même projet pour lequel Bernice Davidson proposait oralement de reconnaître l'uvre d'un suiveur de Perino del Vaga. Elle mettait en rapport le dessin du Metropolitan Museum avec celui de Rennes et un troisième dans une collection particulière parisienne. Les dessins de New York et Paris auraient appartenu avec certitude à la collection de Pierre Jean Mariette dont la marque est visible en bas à gauche de celui de New York.
Le doute quant à l'attribution formelle des dessins à Perino est repris par Jacob Bean mais ne nous semble pas pour autant fondé. Le style est celui de Perino à son retour à Rome et on retrouve le même répertoire décoratif adopté alors par l'artiste dans la
Spalliera
(Rome, Galleria Spada) pour le
Jugement Dernier
de Michel-Ange à la Sixtine ou le soubassement de l'
École dAthènes
de Raphaël. Au-delà de la répétition de certains motifs décoratifs, le style du dessin de Rennes est identique à celui des dessins préparatoires pour les frises du Palais Massimo alle Colonne exécutées vers 1537-1538 par son atelier (Berlin, Kunstbibliothek, inv. n. Hdz 417 et inv. n. Hdz 418) ou des dessins représentant des Divinités Marines (Paris, Louvre, n° 1585 et Vienne, Albertina, n° 2766) gravés par Giorgio Ghisi et datant de l'année 1539.
Une datation vers 1538 pour les dessins de Rennes et de New York concorderait avec la proposition d'identification du personnage pour qui aurait pu être destinés ces projets. Dans chaque dessin sont présents trois croissants qui apparaissent comme des éléments décoratifs mais sont également héraldiques. II s'agit très certainement de l'emblème des Strozzi de Florence que l'on retrouve tel quel sur la façade du palais familial, oeuvre de Cronaca, ou dans leurs armoiries.
Quant au personnage proprement dit, l'identification avec Leone Strozzi (1515-1554) parait la plus probable. Ce dernier, chevalier de Malte, fut un des plus grands marins de son temps. D'abord capitaine d'Andrea Doria puis au service de l'Ordre, il vainquit les turcs devant Corfou. Contraint de quitter l'Italie, il se rendit en France et devint Général des Galères avant de retourner à Malte. Il n'est pas étonnant de voir Perino travailler pour cet illustre marin. Probablement les deux hommes avaient déjà été en contact à la cour d'Andrea Doria à Gênes.
Ces projets furent peut-être exécutés lors du passage à Rome en 1538 de Leone Strozzi, qui de Malte se rendait à Florence afin d'essayer de libérer son père, prisonnier de Cosimo Ier de Médicis. II n'est pas impossible qu'à cette occasion furent projetés à Rome des fêtes en l'honneur du vainqueur des Turcs.
Ph.C.
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