Francesco Salviati
Florence, 1510 - Rome, 1563
Femme casquée, de profil
Sanguine
25,2 x 16,5 cm
Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
La haute qualité de ce dessin, copie d'après Michel-Ange, a été relevée par Sylvie Béguin qui nous faisait remarquer que l'inscription ancienne pouvait être fondée. Toutefois, même si le drapé de la manche se rapproche du style de Rosso, l'uvre n'a pas le brio des têtes de New York (Metropolitan Museum n° 52-1242) ou de Harvard (Fogg Art Museum, n° 1979-67), et l'utilisation que Rosso fait de la technique à la sanguine se révèle dans un "Ignudo" copié d'après Michel-Ange tout à fait différente (Chatsworth).
Eugene Carroll nous confirmait qu'il ne pouvait s'agir d'un dessin de Rosso mais toutefois bien l'uvre d'un artiste florentin contemporain. L'original de Michel-Ange, conservé aux Offices (n° 598 E), communément appelé "Zenobie", a fait partie des trois "Têtes Divines" données par Michel-Ange à Gherardo Perini, passées ensuite dans la collection de Francesco de Médicis.
Le problème de l'attribution du dessin original, mise en doute à plusieurs reprises, semble résolu et parmi les "Têtes Divines" de Michel-Ange, celles conservées aujourd'hui aux Offices ont été les plus copiées. La réplique la plus fidèle de la "Zénobie" est le
Portrait de Courtisane
de Bacchiacca de l'Elisabeth Holmes Fischer Gallery (Los Angeles, University of Southern California), autrefois dans la collection Remake à Berlin, où apparaissent l'enfant et le vieillard visibles sur la feuille des Offices. Dans un second temps, Bacchiacca s'inspire à nouveau du dessin de Michel-Ange pour une
Allégorie de la vue
(New York, marché de l'art en 1982). Parmi les nombreuses copies existantes du dessin original il faut distinguer un dessin de Windsor (0419) attribué à Clovio et les tableaux de Michele di Ridolfo del Ghirlandaio de l'Académie de Florence ou du Musée National de Varsovie. Toutefois, il est impossible d'attribuer le dessin de Rennes à aucun de ces artistes et la proposition de Catherine Goguel, qui y reconnaît la main de Francescco Salviati, est la plus probable.
Effectivement, Salviati dont on connaît déjà des copies d'après Michel-Ange (Chatsworth, n° 14 ; Florence, Offices, n° 253F ; Londres, British Museum), présente un style voisin. Cette parenté de style se constate également dans un
Portrait de jeune homme
conservé parmi les dessins anonymes de Chatsworth (n° 896) pour lequel l'attribution à Salviati paraît aussi concevable. Ces dessins sont caractérisés par une technique de petits traits parallèles, estompés dans celui de Rennes, typiques du jeune Salviati et hérité de Baccio Bandinelli dont il fut l'élève. On retrouve une technique similaire dans une étude anatomique à la sanguine de la Biblioteca Reale de Turin (inv. 15649), également attribuée à Salviati par Monbeig Goguel (1990) dont la comparaison avec notre dessin renforce l'attribution à l'artiste. Ses dessins sont encore liés à sa formation et datables des années 30.
Au-delà de la copie de Michel-Ange, Salviati fait intervenir son propre langage artistique dans le traitement de la chevelure et dans l'interprétation qu'il donne des ornements du casque. La signification que Michel-Ange donnait à ses "Têtes Divines", obscure et peut-être liée aux héroïnes viriles de Boccace, n'était pas prise en compte par les copistes ; Salviati, pour sa part, ne voit que l'aspect décoratif du modèle qu'il adapte à diverses reprises, au palais Farnèse de Rome ou au Palazzo Vecchio de Florence.
Ph.C.
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