Francesco Salviati
Florence, 1510 - Rome, 1563


Nativité de saint Jean-Baptiste
Plume et encre brune, lavis brun
11,4 x 15 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Traditionnellement classée comme une production de Perino del Vaga, ce dessin fut attribué à Giovanni Stradano par Antal, puis il fut retenu comme étant une oeuvre probable de Salviati, par Philip Pouncey. Par la suite, mais avec quelques doutes cependant, il fut de nouveau attribué à Salviati par I.H. Cheney (1963) qui pensait à une oeuvre des années 1550, et devait être mis en relation avec les fresques du palais Ricci Sacchetti. Catherine Goguel le considéra au début comme une copie en raison, peut-être, de son mauvais état de conservation attesté par des frottements et des traces d'usure. Puis, elle rectifia son opinion et accepta l'attribution à Salviati, ce qui avait déjà été proposé par l'auteur de cette notice lors de sa visite au musée des Beaux-Arts de Rennes, au printemps 1989. Le caractère autographe est du reste confirmé par l'aspect filiforme, par la graphie cursive et rapide et par cette technique du lavis, sobre et efficace que l'on rencontre dans une autre feuille : un des "petits" dessins auxquels fait allusion Vasari dans sa biographie de Cecchino (surnom de Francesco Salviati), en se référant à la phase préparatoire des fresques de la Salle d'Audience du Palazzo Vecchio. Il s'agit d'une petite ébauche pour un décor de cette salle, une première idée pour la Paix qui brûle les armes, déjà attribuée à Perino del Vaga au Musée des Offices et restituée à Salviati par nous-même en 1974, qui soutenons cette attribution en raison du "mépris" de l'exécution propre à l'artiste.

En ce qui concerne le sujet représenté par notre dessin, deux hypothèses sont envisageables : la naissance de la Vierge ou celle de Jean-Baptiste. On peut écarter la première hypothèse en s'appuyant sur une particularité iconographique exclusive de la vie du saint patron de Florence et des florentins : il s'agit du personnage à plein ébauché, l'homme assis dans le fond de la chambre, qui ne peut être que le vieux Zacharie, époux d'Elisabeth et père de Jean-Baptiste. II trace sur une feuille le nom de son fils comme dans la fresque d'Andrea del Sarto, exécutée dans le cloître des Scalzi (achevée en 1526).

Un rapprochement se fait immédiatement avec la fresque que Salviati exécuta dans l'Oratoire de San Giovanni Decollato à Rome, et qu'il acheva en 1551, date apposée sur une cartouche, au-dessus de la scène .

Notre dessin, bien que de format différent par rapport à la fresque, me semble constituer une première ébauche, en dimensions réduites, mais qui représente cependant, en premier plan, le même groupement de trois domestiques qui préparent l'eau chaude pour le bain du nouveau-né, dans un bassin. En comparaison avec la fresque dans laquelle les personnages prennent des poses alambiquées et artificielles, avec des torsions étudiées, que Vasari jugea inférieure à la Visitation peinte par Salviati dans le même Oratoire, treize ans auparavant, ce petit dessin dont nous proposons la restitution à l'artiste florentin, représente une solution plus heureuse et plus spontanée, réalisée d'un jet, avec cette merveilleuse facilité qui suscitait l'admiration et la jalousie de ses contemporains.

A.C.