Bernardino Campi
Reggio Emilia, 1521 -
1591

Le Christ lavant les pieds
de ses disciples (recto)

Plume et encre, lavis d'encre
brune, traits de sanguine
21,6 x 27 cm

Etude de bras (verso)
Plume et encre, lavis d'encre brune, pierre noire
21,6 x 27 cm

Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794

Traditionnellement attribué à Passignano, ce dessin qui pose problème quant à son origine, a été ressenti comme une oeuvre crémonaise proche du style de Bernardino Campi, par Philip Pouncey. Je suis d'accord avec cette appréciation dans la mesure où ce dessin peut être rapproché de la production graphique des années 1555 à 1560, de Bernardino Campi. On peut y remarquer, en particulier, d'importantes analogies avec les études de couples de personnages dans des niches, qui ont été mises en relation avec les fresques élaborées à Crémone en 1549 à l'occasion de l'entrée de Philippe II dans la ville (Turin, Bibliothèque Royale, n° 15994 ; Paris, collection Lugt, n° 396 A. ; Chicago, Art Institute) ; avec le Neptune tiré par ses chevaux marins de la Pinacothèque de Crémone ; ou encore, avec l'Atlante de la Bibliothèque Ambrosienne de Milan.

En effet, les caractéristiques des physionomies, l'étude des postures et de l'habillement, le goût pour l'antiquité diffusé par Giulio Romano, apparaissent en liaison étroite avec notre dessin, bien que celui-ci soit moins figé par les contraintes des études préparatoires que ces exemples. II nous manque par contre des documents pour préciser l'activité picturale de cette décennie, au cours de laquelle l'artiste de Crémone acquit un grand crédit auprès de l'aristocratie milanaise : les deux portraits, celui de Catelliano Cotta (1553) et celui de Prospero Quintavalle (1556) ne sont pas utiles à notre recherche.

Par contre, des indications majeures nous sont données par la Décapitation de saint Jean-Baptiste de Montevecchia et par les fresques de la chapelle du Saint-Sacrement de l'église paroissiale de Caravaggio, dans lesquelles on peut recueillir des traits de physionomies et des éléments de costumes analogues. C'est justement à l'oeuvre de l'église de Caravaggio que semble se référer notre dessin : il est cependant nécessaire d'obtenir quelques précisions sur ces fresques, étant donné qu'elles furent exécutées pendant deux périodes distinctes de l'activité de Bernardino Campi.

La première série qui comprend : les Évangélistes, la Samaritaine au puits, la Résurrection de Lazare et l'Annonciation, peut être datée avec certitude en 1552 ; tandis que la seconde série qui comprend : la Dernière Cène et le Christ lavant les pieds de ses disciples date de 1571. Outre les nombreuses références aux fresques de 1571, on peut également relier clairement ce dessin à la production graphique des années 1550 de Bernardino Campi ; il s'agit à mon avis d'un projet très librement exécuté pendant la première série de travaux et réutilisé ensuite en 1571 ; il en est de même pour le Christ lavant les pieds de ses disciples et pour la Dernière Cène.

Ce n'est donc pas une étude préparatoire achevée, mais plutôt, une première idée qui sera développée par la suite, avec de nombreuses variations. Bernardino Campi donne, en effet libre cours à sa fantaisie, dans une représentation très insolite de cet épisode de l'Évangile, à travers des personnages vêtus à la grecque, portant des bonnets phrygiens et en ne donnant aucune prédominance particulière au personnage du Christ, alors que les gestes embarrassés avec lesquels les apôtres s'esquivent sont en parfaite cohérence avec le texte même de l'Évangile. Il faut ensuite souligner que l'Étude de bras, au dos du dessin, peut également être reliée aux fresques de l'église de Caravaggio, avec une certaine vraissemblance.

Enfin, je voudrais restituer à Bernardino Campi, deux tableaux publiés récemment et attribués à d'autres artistes : - le premier, la Nativité qui se trouve dans l'église San Biggio à Codogno, est une oeuvre de jeunesse, elle peut être mise en parallèle avec l'Assomption de l'église Sant'Agata à Crémone (publié comme étant un tableau de Cesare Magni par Fiorio, 1987) - tandis que le second, la Crucifixion et les Saints doit être rattaché aux années 1570 et se trouve dans l'église San Martino à Treviglio, on peut rapprocher de ce deuxième tableau, un très beau dessin du Musée des Beaux-Arts de Rouen (Inv. 975-4-411, sous l'appellation "Italie du Nord").

M.T.