Federico Barocci dit Baroche
Urbino, vers 1535 - 1632

Etude d'épaule et de bras
d'un homme vu de dos

Pierre noire et pastel
sur papier bleu jauni
25 x 19 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Étude préparatoire exacte pour la figure de berger vu de trois-quarts de dos, à gauche, au premier plan, de la Circoncision (Paris, Musée du Louvre). Si la peinture est datée de la main de l'artiste de l'année 1590, des documents retrouvés depuis l'exposition de Bologne, en 1975, ont montré que la commission en remontait à 1583. Les nombreux dessins faits en vue de cette oeuvre commandée par la confrérie du Saint Nom de Jésus, à Pesaro, se situent donc autour de 1585, à l'époque d'autres tableaux très importants, l'Annonciation de Loreto et la Visitation de la Chiesa Nuova (Rome).

Le processus de l'élaboration du tableau peut être suivi à travers ces études préparatoires, très diversifiées. Contrairement à l'iconographie la plus fréquente, qui veut que la scène de l'évangile se passe au temple, la Circoncision de l'Enfant Jésus, qui marque la première effusion de son sang, est représentée ici à l'entrée de la grotte de Bethléem, ce qui explique la présence du berger.

Cette recherche iconographique situe bien l'artiste dans la mouvance d'une piété intense, pour laquelle l'image est un véhicule puissant de l'émotion religieuse. Pour cette seule figure du berger, on conserve un dessin pour la Tête vue de trois-quarts de dos (Stockholm, National Museum, inv. 402/1863), quatre Études pour le bras droit replié sur la poitrine (Berlin Dahlem, Staatliche Museen, KdZ20001, KdZ20009, KdZ 20010,KdZ 20011), et une feuille comportant une Étude pour l'ensemble de la figure et une autre reprise du bras plié (Florence, Musée des Offices, n° 11342F). Elles sont dessinées sur des papiers colorés, marron, verdâtre, ou bleu comme c'est le cas ici. La sanguine, la pierre noire, la gouache et la craie en sont les composantes techniques, que le dessinateur associe pour rendre toutes sortes de nuances dans la manière de rendre le volume, les contours plus ou moins ombrés, le modelé estompé des muscles.

Ici, c'est au pastel qu'il confie le soin de préciser le motif au plus près de la réalisation peinte, avec les tons de la carnation et avec les détails de la flûte pastorale, attachée à la taille du jeune homme, de la peau de mouton qui le recouvre à moitié, et avec l'indication exacte de la position des doigts de la main gauche, qui tiennent le chapeau, derrière son dos, détail important dans la pédagogie de l'image, par lequel est signifiée l'attitude de respect et d'humilité du berger auquel le chrétien qui regarde le tableau doit s'identifier. Ces détails n'apparaissent pas dans les autres études citées, évidemment antérieures.

Une étude de Tête de jeune garçon (Louvre, inv. 4595), qui a été considérée comme préparatoire à la figure d'enfant, vu de face, à gauche dans le tableau du Louvre, ne présente pas avec le personnage peint la similitude que l'on trouve dans les dessins du maître. Elle doit être rendue à Federico Barocci, nom traditionnel sous lequel il a été justement exposé. L'utilisation conjointe de la pierre noire et de la sanguine est habituelle à ce dernier, mais quelques retouches à la plume postérieures (sans doute lors du passage chez le collectionneur Everard Jabach) ont accentué l'expression rêveuse du visage (yeux, bouche entrouverte) et ce qui lui confère un caractère plus barocesque.

C.M.G.