Stefano Lambri
Documenté à Crémone dès 1618 - Plaisance, 1649

La Pêche miraculeuse
(d'après Raphaël)

Plume et encre brune, lavis brun, pierre noire, mis au carreau à la pierre noire
17,9 x 26,9 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Ce dessin est traditionnellement attribué à un certain Claudio Veronese, à cause d'une interprétation erronée de l'inscription qu'il porte. Elle a été rectifiée en faveur de Lambri par Mario Di Giampaolo, qui en a donné l'information à l'auteur de cette notice. La référence à Raphaël n'exclut pas des caractères originaux.

Bien qu'on ne puisse le relier à aucune des rares oeuvres connues de l'artiste crémonais, il faut cependant noter l'importance de ce dessin, car il représente le point de départ d'un catalogue des dessins de Lambri : les mêmes caractéristiques se retrouvent en effet dans quelques feuilles du Museo Civico de Crémone, deux dessins voisins : Jésus dans la maison du Pharisien et le Lavement des pieds, et un autre dessin attribué à Giovan Battista Lodi Un pèlerin.

Si dans les deux premiers dessins on peut surtout relever des affinités de physionomie dans les expresions des apôtres, le troisième met en évidence une typologie graphique très semblable, avec des contours nets et des ombres formées de traits brefs et répétés. En outre, l'inscription au bas du dessin, a di 23 febbraio 1628 semble tracée par la même main qui a signé le dessin de Rennes, à une date qui, de plus, convient à la chronologie de Lambri.

II faut ensuite remarquer, mais avec la prudence nécessaire dans le cas présent, les analogies avec les peintures du crémonais, à partir de son tableau le plus célèbre : la Déposition de 1624 dans l'église de la Trinité à Crémone, où le personnage situé à l'extrême gauche apparaît en étroite relation avec le personnage de notre dessin qui se trouve également dans une position identique ; et avec un tableau peu connu : Adoration des Mages de l'église Santo Stefano Lodigiano, attribué à l'atelier des Piazza, mais à restituer à Lambri sans aucun doute.

II me semble ensuite important de souligner le fait que tous ces dessins ne rentrent pas dans la foule des dessins dans le style du Malosso qui envahissent Crémone à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. Ceux-ci au contraire, remontent directement à des prototypes d'Andrea Mainardi, dit Le Chiaveghino, lequel, selon des témoignages plus anciens, fut le maître de Lambri : dans le corpus graphique nourri de Mainardi, conservé au Museo Civico de Crémone, on peut trouver de nombreuses comparaisons avec notre dessin, je rappelle seulement pour donner un exemple, l'étude de la lunette avec la Mort de la Vierge.

Le courant artistique de Crémone dont le chef de file fut Le Chiaveghino, me semble encore insuffisamment exploré dans son profil graphique par rapport au "pôle" de l'école du Malosso ; car une analyse approfondie pourrait fournir des indications utiles et des enchevêtrements inattendus. Par contre, en ce qui concerne le courant du Malosso, de nombreuses nouveautés ont été mises à jour récemment sur Ermenegildo et Manfredi Lodi, sur l'Agosta et Coronaro, jusqu'à y inclure les exordes de Panfilo Nuvolone.

En ce qui concerne le plus ancien des Nuvolone, justement, deux dessins attribués autrefois au Malosso, viennent de lui être restitués, il s'agit d'études préparatoires pour le retable de 1609 : les Saintes Cécile, Agnès, Madeleine et Catherine, dans l'église paroissiale de San Seconda Parmense, qui sont conservés respectivement au Metropolitan Museum de New York et au Musée National d'Arte Antiga de Lisbonne.

M.T.