Pietro Testa
Lucques, 1612 - Rome, 1650

Un sacrifice au dieu Pan
(recto et verso)

Plume et encre brune
19,8 x 28 cm


Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Les œuvres à sujet antiquisant sont parmi les plus fréquentes dans l'œuvre de Testa. Le recto et le verso de cette feuille présentent deux aspects, à peine modifiés d'une même composition : une scène de sacrifice au dieu Pan. Au recto, on observe la composition la plus large, explicitée d'ailleurs par une annotation de l'artiste lui-même (les références autographes du dessinateur très nombreuses sont concordantes). A droite et devant un groupe d'arbres, la statue de Pan est décorée de feuillages (l'inscription précise des feuilles de lierre) par des amours ; dans la moitié gauche un satyre agenouillé devant un petit autel prépare le sacrifice, derrière lui d'autres satyres et des paysannes semblent danser. Au verso de la feuille, les deux personnages principaux sont repris : le satyre sacrificateur et le dieu Pan, avec de légères modifications notamment dans la position des bras.

Ces dessins sont exécutés à la plume avec une encre brun-foncé, qui en vieillissant a attaqué et troué le papier en deux endroits (la feuille vient d'être restaurée). Les figures apparaissent le plus sommairement possible au moyen d'un trait vibrant et nerveux qui semble autant préoccupé de fixer un mouvement que de définir une forme. Le jeu des hachures, presque brutal, fixe et précise la répartition de la lumière. La présence du paysage se résume à quelques éléments : des troncs d'arbres, des feuillages, peut-être une montagne à l'horizon.

Ainsi nait sous nos yeux l'idée d'une composition exposée dans son principe, et déjà autonome : deux groupes (renforcés plastiquement par la présence d'arbres) qui sont face à face : le dieu Pan, entouré d'amours, et le sacrificateur, entouré de paysannes. Cette composition n'est reliée à aucune gravure connue mais le jeu des comparaisons stylistiques peut permettre de proposer une datation. Si l'on considère l'écriture des formes, le degré de stylisation, la transcription synthétique de la scène, nous trouvons certaines analogies avec des dessins des années 1632-1635. Nous pensons en particulier à l'étude pour la fresque de la Liberté du palazzo degli Anziani de Lucques (Musée du Louvre, inv. 1907, vers 1632) ou le Narcisse de la National Gallery of Scotland, Edimbourg (D.4991, vers 1631-37). Habitué à se livrer avec fougue, Testa le fait ici avec toute la fébrilité du trait créateur et sa faculté spectaculaire à aller à l'essentiel.

P.R.