Sebastiano Ricci
Belluno, 1659 - Venise, 1734
La Sainte Famille et saint Jean
Plume et encre brune, lavis brun
sur traits de pierre noire
19,2 x 14,6 cm
Saisie révolutionnaire
(collection Robien)
1794
Bien que l'on ne puisse la relier à aucun des tableaux connus de Sebastiano Ricci, cette précieuse feuille - publiée pour la première fois par Nicola Ivanoff - révèle, dans l'intensité du clair-obscur, la concision, et l'enchevêtrement savant du trait, les caractères les plus typiques du style graphique de l'artiste, bien connu grâce aux quelques trois cents dessins recueillis dans les albums de Windsor Castle et des Galeries de l'Accademia de Venise.
Situé par Ivanoff dans la première période d'activité du peintre, cette oeuvre semble au contraire appartenir à une époque proche des expériences du XVIIe siècle. La valeur constructive du rapport ombre-lumière, renforcée par des traits soutenus de la plume, et la structure des figures, révélée et définie par la mise en lumière, sont, une fois traduits en peinture, des aspects qui se réfèrent à des oeuvres que l'on peut dater des premières années du XVIIIe siècle : des toiles du Palais Fulcis à Belluno, aux fresques et au retable de l'église San Pietro dans la même ville, des quatre médaillons de San Marziale à Venise au
Saint François en extase
, de Prague.
Ces affinités stylistiques générales trouvent du reste, une confirmation plus précise dans la comparaison avec quelques dessins qui sont des études préparatoires pour les oeuvres peintes citées : voir en particulier, les études de chevaux, pour la
Chute de Phaëton
du Palais Fulcis, du "libro" de Venise, ou l'étude pour le
Saint François en extase
, de Prague, du même album.
Une datation de notre dessin, dans la première décennie, semble aussi pouvoir être avancée en considérant la composition, avec la colonne derrière le groupe des figures, à moitié cachées par une tenture ou par les nuages avec des têtes de chérubin, demeure semblable à celle qui apparaît dans quelques retables de ces années, comme la
Sainte Famille avec S. Ignace de Loyola
, (Paris, coll. priv.), la
Sainte Elisabeth de Hongrie
, de Parme, la
Madone avec l'Enfant Jésus entre les saints Jean-Baptiste et Pierre
, de l'église San Pietro à Belluno, (oeuvre déjà citée) et celle de l'église San Giorgio Maggiore à Venise, de 1708.
Par la suite, l'évolution vers le style rococo et le "retour" à Véronèse se traduisent, dans le style graphique de Ricci, par une façon plus libre d'utiliser la plume et le lavis, destinée à l'obtention d'effets avant tout décoratifs et élégants.
E.S.
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