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Franz Anton Maulbertsch
(Langenargen, 1724 - Vienne, 1796)

La Libération d'une jeune fille
vers 1759

Huile sur toile
Brno, Galerie de Moravie

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La conception hardie caractérisée par la combinaison de couleurs contrastant avec la lumière, le style remarquablement différencié qui combine les couches fines des glacis avec les couches de pâte, l'exagération des formes allant jusqu'à la déformation et les traits caricaturaux sont les éléments typiques que l'on découvre dans les fresques et vastes compositions d'autels de Franz Anton Maulbertsch dans les années cinquante. Ils apparaissent également avec une intensité et un effet suggestif sans précédent dans ses travaux plus délicats, dans les esquisses et les petits tableaux de cabinet. L'un d'eux, provenant de la collection de la Galerie de Moravie, représente l'une des meilleures prestations artistiques de Maulbertsch de cette période.

La plupart des auteurs se contentent d'une qualification vague pour le titre, comme Enlèvement, Scène de légende ou Libération de la Vierge. Pourtant, il s'agit très probablement de la reproduction d'une scène tout à fait concrète inspirée de la littérature, sans doute d'un poème épique de la Renaissance tardive ou du baroque. Jusqu'à présent, son thème n'a pas encore été clairement explicité. La scène représente un chevalier sur un étalon blanc, le drapeau appuyé contre l'épaule droite. Il soulève une jeune fille à moitié dénudée, aux cheveux blonds (une princesse ?) qu'il vient de sauver d'un danger mortel. Le corps de l'adversaire vaincu se trouve à gauche, sous les sabots du cheval tandis que sa tête coupée gît de l'autre côté.  

La mise en scène de la lumière renvoie sans aucun doute à Rembrandt, Maulbertsch, de même que ses contemporains, étudiait avec beaucoup d'attention son oeuvre et la paraphrasait souvent, tant dans ses procédés artistiques que dans ses différents motifs. Les parties éclairées du tableau attirent le regard par les couleurs raffinées comme l'incarnat du visage de la jeune fille et de son corps, de même que le pelage et la crinière du cheval blanc. La conception des couleurs et la réalisation picturale témoignent de la fascination de l'auteur pour le maniérisme tardif des peintres de l'époque de Rodolphe II, notamment pour l'oeuvre de Bartholome Spranger, et sa connaissance profonde de la peinture flamande du XVIIe siècle, avant tout de l'œuvre de Rubens et de Van Dyck.