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Marteen VAN
HEEMSKERCK (Heemskerck, 1498 - Haarlem, 1574)
Saint Luc peignant la Vierge
Vers 1545
Huile sur bois
205,5 x 143,5 cm
Envoi de l'Etat, 1801
Si Marteen van Heemskerck adopte dans ses premières compositions
la manière de son maître Scorel, sa formation n'est véritablement
achevée qu'après son voyage en Italie en 1536. La statuaire
antique et Michel-Ange, qui ont ébloui son séjour romain,
sont salués alors dans son oeuvre par un hommage éclatant.
Probablement réalisée aux alentours de 1545, à
une époque où Heemskerck est doyen de la guilde des peintres
de Haarlem, Saint Luc peignant la Vierge se présente comme
une oeuvre manifeste, véritable synthèse des diverses
influences qui ont façonné son art. Ce thème, fréquent
dans les pays du Nord, est l'emblème des corporations de peintres.
Mais quand saint Luc emprunte comme ici les traits de l'artiste, l'uvre
devient le lieu où s'exprime la vision qu'il a de son métier.
Tableau à clés et à énigmes, où chaque
élément iconographique apporte une parcelle de sens à
la composition d'ensemble, ce Saint Luc multiplie les références
à l'Antiquité (sculptures romaines, ouvrages grecs de
médecine), mais aussi à Michel-Ange (la tête de
l'Enfant Jésus est directement empruntée au Tondo Doni),
sans abandonner pour autant un parti traditionnel (le boeuf, la noix
et le perroquet). Mais la profonde originalité de cette ceuvre
réside sans doute dans l'équilibre trouvé entre
tous ces éléments symboliques, qui affirment l'humanisme
du peintre, en vertu du savoir scientifique qui assoit désormais
la peinture au rang des arts libéraux. Et l'évocation
de l'anatomie prend ici valeur de profession de foi si l'on se souvient
que les planches de l'ouvrage déposé aux pieds de la Vierge
sont l'oeuvre de Vésale, un savant condamné par l'Eglise
pour avoir disséqué des cadavres. Position délicate
en ces temps de débats religieux qui aboutissent aux affrontements
douloureux de la Réforme.
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